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Le Christ juif

Mais lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse… (Ga 4,4)

Jésus de Nazareth est né d’une famille juive, a été circoncis, s’est rendu au Temple en pèlerinage avec ses parents, a enseigné dans les synagogues et a eu des disciples comme beaucoup des maîtres de son temps. Si Jésus a proposé sa propre interprétation de la loi juive, il a toujours été fidèle et observant.

Cette évidence de la vie juive de Jésus a souvent été mise quelque peu de côté ou, au mieux, a été traitée comme un élément contextuel parfois secondaire chez les Chrétiens. Du côté juif, Jésus a toujours été reconnu comme faisant partie du peuple d’Israël même si son nom et sa mémoire, étant généralement considérés comme une malédiction, étaient voués à l’oubli.

Le salut apporté en Jésus, Christ et Messie d’Israël pour les Chrétiens, prend toute sa profondeur et sa vérité dans le mystère de l’Incarnation, de sa venue parmi les hommes. Si Jésus a bien pris notre humanité, cela signifie que, comme tout homme, il est né dans un peuple, avec une langue, une religion et une culture propres : le judaïsme.

Jésus a été envoyé avant tout aux fils de la maison d’Israël.

Redécouvrir le visage de Jésus comme homme juif du début de notre ère, c’est croire profondément au mystère de son humanité, c’est découvrir ce visage du judaïsme comme racine de la foi chrétienne, c’est se laisser étonner, déplacer. Et si Jésus finalement n’était pas si éloigné que cela des Pharisiens ?

Redécouvrir Jésus comme Juif, c’est aussi redonner à nos frères juifs un des leurs, un sage d’Israël, un maître de sagesse. L’étude patiente de la judaïté de Jésus permet de le rendre plus authentique : les Chrétiens peuvent ainsi approfondir leur foi, et les Juifs découvrir que celui au nom duquel on les a souvent persécutés, est une figure familière.

Le dialogue entre Juifs et Chrétiens ne pourra être vrai et authentique que si nous abordons la pomme de discorde mais aussi de possible unité qu’est la figure de Jésus.

Depuis Vatican II, la théologie catholique a pris un nouveau tournant en affirmant haut et fort que le judaïsme fait partie du mystère même de l’Église. L’Église catholique va même jusqu’à reconnaître, dans les documents les plus récents, que l’alliance avec Israël, avec le peuple juif, continue d’être vraie, de se développer et de faire partie du projet de Dieu.

Le judaïsme n’est donc pas une réalité du passé mais une alliance vivante, aujourd’hui. Quelle place pour cette alliance entre Dieu et Israël après Jésus ?

Un nouveau chantier théologique s’ouvre ainsi entre Juifs et Chrétiens, une route longue et mystérieuse où Jésus, ce « Juif marginal », doit jouer un rôle central.